Rapidement, durant les premières heures du Web, les fabricants de navigateurs se sont lancés dans une chaude compétition afin de se tailler un plus vaste public et de prendre des parts du marché. Le Web s'est divisé en deux camps: Netscape et MSIE. Chaque navigateur offrait des extensions propriétaires restituées uniquement sur leur produit respectif. Pour créer des sites Web accessibles aux deux principaux navigateurs, les développeurs Web n'avaient que des choix insatisfaisants:
Mais aujourd'hui, il existe une autre alternative. Depuis 1994, un organisme de standardisation, le World Wide Web Consortium (W3C), met en oeuvre des normes Web. Les fabricants de navigateurs, à commencer par Microsoft, Netscape et Opera, font maintenant preuve d'une volonté commune d'établir et de respecter ces normes, mettant fin à ces contraintes pesant sur les développeurs Web.
Le W3C a rédigé plusieurs normes, mais il en existe trois principales, créant ainsi une sorte de trinité des normes. Celles-ci s'articulent autour de trois aspects du Web: structure, présentation et comportement.
La structure, c'est l'organisation logique et structurée du contenu - texte, image, multimédia - d'une page. La norme XHTML gère la structure d'une page Web.
La présentation, c'est la mise en forme et la mise en page de la structure. C'est la norme CSS qui permet de donner du style à une page et de positionner les différents éléments de la mise en page..
Le comportement, c'est ce qui permet à l'utilisateur d'interagir avec la page et ses fonctionnalités. Le W3C-DOM, dérivant de la norme ECMAScript, permet de coder des fonctions de manipulation des éléments d'une page Web.
En 1997, MSIE3 commence à offrir un support partiel de CSS1. Les designers intrigués par cette nouvelle norme du W3C ont commencé à utiliser le CSS, mais plusieurs ont été déçus par le manque de consistance du support CSS de MSIE. Longtemps, plusieurs designers refusaient d'utiliser les CSS prétextant le manque de compatibilité des sites utilisant cette technologie sur le navigateur qui dominait alors le marché, Netscape 3.
Puis vint les versions 4.0. Toujours incomplet et bogué, le support CSS de MSIE 4 était quand même est une amélioration par rapport à la version. Netscape 4 offrait pour la première fois un support CSS, mais totalement fautif et incomplet. Netscape 4 rendait périlleux le développement CSS, ce qui força plusieurs designers à abandonner cette norme. Ce n'est pas pour rien que les ingénieurs de Netscape et Mozilla passèrent quatre années à développer le moteur Gecko - qui est à la base des versions actuelles actuelles de Netscape et Mozilla -, Netscape n'avait vraiment aucune version antérieure sur laquelle appuyer ses développements futurs.
Les navigateurs de version 4.0 n'arrivaient pas non plus à s'entendre sur les moyens d'ajouter des scripts aux pages Web. Netscape a inventé JavaScript en promettant d'en faire une norme afin que d'autres fabricants puissent l'utiliser. Mais pendant des années, Netscape a gardé le secret de JavaScript pour des raisons de concurrence commerciale. Pendant ce temps, Microsoft a réécrit un langage similaire à JavaScript nommé JScript, en plus de développer la technologie propriétaire ActiveX, sensée apporter des fonctionnalités à Explorer, mais qui n'a en réalité jamais fonctionné que sur Windows, qui l'utilise encore aujourd'hui.
Éventuellement, ECMA a ratifié une version standard de JavaScript qu'ils ont appellé ECMAScript. Le W3C publia plus tard la norme DOM. Microsoft et Netscape ont fini par supporter ces deux normes, après des années d'incompatibilité, de sites pour IE seulement, de développement avec des scripts propriétaires, si ce n'est carrément d'un abandon du HTML au profit de Flash.
Il faudra attendre les années 2000 avant de voir les premiers navigateurs supportant correctement les normes CSS et DOM. MSIE 5 pour Macintosh, lancé en mars 2001, est, à ce titre, le premier navigateur Web conforme.
Les fabricants de navigateurs mettent encore un certain temps à se conformer parfaitement aux normes. Même si Netscape et Microsoft ont collaboré à l'élaboration de certains normes, leurs navigateurs ne supportent encore que partiellement certaines de celles-ci.
Il n'existe à l'heure actuelle aucun navigateur supportant totalement les normes XHTML, CSS et encore moins le DOM. Cela oblige les développeurs Web à se plier à certains compromis et à user de quelques hacks afin de régler des problèmes d'affichage des navigateurs plus anciens.
À l'heure actuelle, les navigateurs modernes supportant le mieux les normes du W3C sont les suivants: Mozilla 1.x, Mozilla Firefox, Opera 7, Konqueror, Apple Safari, Netscape 7.x, MSIE 5+ pour Macintosh et MSIE 6+ pour Windows.
Les éditeurs HTML ne rendent souvent pas grâce aux normes du W3C et créent un code confus ayant recours massivement aux codes JavaScript et aux balises propriétaires. Les éditeurs Adobe PageMill et Microsoft FrontPage font, à cet égard, bien piètre figure, tout comme les versions plus anciennes de Macromedia Dreamweaver ou Adobe GoLive.
Évidemment, si les logiciels d'édition HTML ne se conforment pas aux normes du W3C, comment peut-on s'attendre à voir ces normes adoptées par les développeurs? Les développeurs Web avant l'année 2000 n'avaient que peu d'autres recours que l'éditeur texte afin de s'assurer de la qualité de leur page Web.
Les éditeurs HTML en mode texte - comme BBEdit sur Macintosh - sont souvent plus conformes et sont définitivement recommandés. Certains de ces logiciels sont gratuits. Macromedia Dreamweaver MX fait aussi très bien l'affaire et offre même des outils de vérification de la conformité du code HTML. De même, les versions récentes d'Adobe GoLive supportent très bien le XHTML et le CSS, en plus d'offrir l'édition de document SMIL, une norme du W3C pour créer des présentations multimédia.
Microsoft FrontPage est probablement le pire des éditeurs HTML. Ce logiciel est peu utilisé par les professionnels, mais largement par les semi-professionnels qui n'ont pas à acheter un éditeur coûteux alors que FrontPage est fourni dans la trousse Microsoft Office. FrontPage n'est pas un éditeur de pages Web, c'est un éditeur de page pour IE. Si vous utilisez FrontPage, vous pouvez être assuré que votre site ne fonctionnera que sur MSIE, et probablement que sur les versions Windows.
Quoique le mode graphique d'édition HTML soit plus aisé et plus évident au néophyte, il faut se méfier du code HTML produit par le logiciel. Le plus possible, ayez recours au mode code - codage à la main - pour vous assurer de la qualité du code de votre page Web.
La norme XML, introduite en février 1998, a bouleversé l'industrie du logiciel. Pour la première fois, il existait un langage universel et adaptable pour structurer des documents et des données, et pas seulement pour le Web. Une simple recherche pour .XML sur un Macintosh roulant OS X permet de constater les multiples utilisations de ce format dans un système d'exploitation.
Le format XML est basé sur le même langage que le bon vieux HTML. Il utilise des balises, des attributs et des valeurs tout comme le HTML, mais demeure un langage totalement différent. HTML est un langage à balises simple utilisé pour structurer des pages Web. Il possède un nombre fixe et déterminé de balises. Le HTML fonctionnait bien dans les premières années du Web et son apport est indéniable. Par contre, le Web d'aujourd'hui devenant de plus en plus sophistiqué, le besoin pour un langage de structure plus poussé et permettant l'échange de données entre différentes plateformes (pages Web, cellulaires, PDAs, imprimé).
Le format XML possède des règles plus strictes pour le balisage du document et est capable d'être lu et compris en dehors du Web. Un document XML peut être décodé dans n'importe quel environnement qui comprend le XML. Le XML est un métalangage: c'est un langage permettant la création d'autres langages. Les langages dérivés de XML sont largement répandus sur le Web. On leur doit notamment la distribution des nouvelles et des cotes de la Bourse.
XML est le langage du futur du Web. XHTML est un langage dérivé de XML; c'est en fait une réécriture du HTML afin de le rendre conforme et valide au XML. Rédiger des sites Web en XHTML, c'est donc s'assurer de la pérennité des contenus Web.
En 2001, les gouvernements canadiens et américains ont émis des règlements exigeant de tous sites reliés au gouvernement d'être conformes aux normes Web et d'être accessibles. Les gouvernements britanniques et néozélandais ont suivi rapidement.
En 2002, l'ont commença à voir des sites commerciaux d'importance se convertir aux normes du W3C. En juillet de cette année, le moteur de recherche Lycos Europe est passé à une mise en page XHTML et CSS, suivi de peu par HotBot. La même année, le moteur AllTheWeb se convertissait aussi au XHTML et au CSS. En septembre 2002, le très populaire site Wired lançait une nouvelle version entièrement conforme aux normes XHTML et CSS. Étant en quelque sorte un fer de lance des technologies du Web, Wired lance ainsi à la communauté un message clair incitant tous les sites Web à emboîter le pas.
Pour une interopérabilité et une portabilité certifiée
Il y a deux ans à peine, la presque totalité des utilisateurs d'Internet se servaient d'un ordinateur portable ou de bureau pour naviguer le Web. Nous assistons aujourd'hui à une ouverture sans précédent sur de nouveaux types de terminaux d'accès tels qu'assistants numériques et téléphones mobiles. Attendons-nous à voir un recul de l'ordinateur comme moyen d'accès au Web, au profit de nouvelles technologies plus mobiles ou plus adaptées aux besoins des utilisateurs. Les sites actuels étant encore majoritairement codés à l'ancienne, très peu s'affichent convenablement dans toutes ces plates-formes. Ajoutez à cela une compatibilité future avec les téléphones cellulaires et vous débouchez sur une impasse d'où seule l'application des standards peut vous tirer.
L'interopérabilité et l'accessibilité correspondent avant tout au droit fondamental de l'utilisateur d'utiliser le navigateur Web de son choix ou celui qui correspond le mieux à ses besoins, tout en obtenant une expérience à peu près équivalente sur le Web. En construisant des documents Web selon les standards du W3C , le développeur obtient la garantie que tous les navigateurs conçus selon les normes de l'industrie afficheront de manière équivalente son travail. De plus, la portabilité de technologies issues de ces mêmes standards facilite grandement l'échange de données entre divers environnements.
Pour une accessibilité universelle aux contenus
La presque totalité des sites Web actuels n'est accessible qu'au moyen de navigateurs graphiques traditionnels, empêchant ainsi leur accès par des personnes atteintes d'un handicap physique, moteur ou neurophysiologique. Le HTML des années 90 ne prévoyait pas le support de synthétiseurs vocaux ou de plages Braille. Mais ce n'est plus le cas de nos jours. Les normes du W3C intègrent ces considérations dans les standards et facilitent grandement la création de sites universellement accessibles. Notons que les gouvernements anglais et américains obligent d'ors et déjà leurs administrations à produire des sites Web accessibles, et que la tendance semble s'amorcer dans plusieurs autres pays, tels que la France et le Canada.
Pour la production de contenu Web à moindre coût
Lors de la création de nouveaux sites Web, la séparation du contenu structuré et de sa présentation est une aubaine incroyable. En effet, il est maintenant possible de créer des CSS qui s'appliqueront globalement à un ou plusieurs documents, permettant ainsi de changer radicalement l'apparence entière d'un site en quelques minutes à peine, en modifiant tout simplement la feuille de style qui y est associée. Un tel exploit de flexibilité est impossible pour les sites Web construits à l'ancienne, fusionnant sans vergogne contenu et présentation. De tels sites nécessitent un long et coûteux travail de modification de chaque page pour réaliser ce genre d'opération. Par ailleurs, le recours aux feuilles de style bénéficie également à l'utilisateur, qui peut alors configurer son expérience du site en fonction de ses goûts personnels, de ses besoins, de son handicap ou tout simplement de son matériel.
Pour tirer profit de la technologie XML
XML est le vecteur par lequel le W3C compte réaliser le plein potentiel du Web. Pour parvenir à concevoir des applications capables de tirer avantage des apports du Web sémantique, tout en préservant les aspects d'accessibilité, de portabilité et d'interopérabilité, il est nécessaire d'emprunter la voie de la normalisation et de commencer à coder les documents selon la syntaxe XML. Pour y parvenir, le chemin le plus facile demeure encore de convertir son HTML en XHTML valide. Puisque la syntaxe de XML sera la norme sur laquelle cette seconde génération de Web se construira, tous les documents conformes aux normes de XHTML seront dès lors compatibles avec XML, ce qui garantit leur pérennité.
Pour un contrôle qualité optimisé du travail fourni par les prestataires
Pour s'assurer que des documents Web sont conformes aux standards du W3C , il suffit de leur faire passer un test de validation auprès de l'outil du Consortium prévu à cet effet. Le recours au validateur, en plus d'être très formateur, permet aux développeurs de garantir la cohérence et la qualité de leur code, tout en assurant la stabilité et la simplification de sa maintenance. Étant donné que les standards sont très bien documentés par eux-mêmes, l'application des normes garantit que quiconque sera appelé à prendre la relève sur un projet existant pourra s'y plonger rapidement, plutôt que de perdre un temps précieux à essayer d'en reconstituer les lignes directrices. De plus, le niveau de développement du projet sera plus en accord avec les pratiques courantes du marché, évitant circonvolutions, tours de passe-passe et autres cauchemars issus des principes de conception des années 90…
Pour une réduction considérable du volume des documents
L'utilisation des standards du W3C (particulièrement les normes XHTML et CSS) permet une réduction substantielle du poids des documents Web en éliminant les redondances dans le code et en minimisant le HTML nécessaire à sa structuration. Les tests confirment que le recours aux feuilles de style pour la présentation d'un document Web, de préférence aux éléments HTML dépréciés, réduisait le poids total du document dans un ratio allant de 25% à 50%. Une telle économie est significative, non seulement pour l'utilisateur qui attend moins longtemps pour le téléchargement des pages, mais aussi pour le propriétaire du site en question qui voit les coûts reliés à l'utilisation de la bande passante considérablement réduits.
Pour un référencement plus efficace dans les moteurs de recherche
Au niveau de l'indexation des documents Web, le fait de les avoir codés de manière à les rendre conformes aux standards du W3C leur garantit de meilleurs résultats de classement et de reconnaissance, d'où une visibilité accrue dans les moteurs de recherche. Les documents conformes aux standards sont non seulement indexés plus précisément dans les registres grâce à leur structure informationnelle plus logique, mais sont également plus susceptibles de répondre aux attentes des moteurs de recherche, ce qui en favorise l'accessibilité et l'évaluation au moment des prises en charge de classification. En effet, il est beaucoup plus facile pour un algorithme d'indexation de reconnaître un document répondant aux normes qu'un autre qui ne respecte aucune logique de structure.
Pour la pérennité des documents
Enfin, la pérennité des documents HTML est aujourd'hui mise en cause. On pourrait en rire, si certaines anecdotes ne démontraient que le sujet est bel et bien sérieux. Pensez seulement à toutes ces entreprises qui, à une certaine époque, ont entreprit de normaliser leur bureautique sur l'outil « standard » du moment qui était alors le format (pourtant propriétaire) de WordPerfect. Lors de la disparition de ce format quelques années plus tard, ces mêmes entreprises ont dû effectuer une migration longue et coûteuse vers la nouvelle norme, tout aussi propriétaire qu'est Microsoft Word… Dans un autre ordre d'idées, n'oublions pas que les données acquises par la Nasa sur Mars dans le cadre de l'opération Viking en 1976 sont stockées sur des bandes magnétiques que personne à ce jour n'arrive à relire, faute de matériel compatible. Aussi, afin de recueillir de l'information, les chercheurs en sont réduits aujourd'hui à fouiller les listings papier que leurs prédécesseurs n'avaient miraculeusement pas jetés !
Qui peut s'avancer à prédire qu'on pourra effectivement retrouver dans 10 ou 20 ans une vieille version de MSIE capable d'interpréter les documents construits avec la syntaxe défaillante du vingtième siècle. La pérennité des documents nous assure que, quelque-soit la direction dans laquelle évolueront les technologies dans les prochaines années, les documents seront toujours interprétables par les agents utilisateurs du moment (navigateurs, interpréteurs Web, etc), préservant ainsi de précieuses informations pour les générations à venir.
Pour une rétro compatibilité avec les anciens navigateurs
Tenter de reproduire un site pour qu'il s'affiche de manière identique dans tous les navigateurs demande un travail énorme et pose toujours de sérieux problèmes de conception, principalement parce qu'anciens et nouveaux navigateurs parlent un langage différent. Ceci est particulièrement vrai lorsque l'on tente d'arriver aux mêmes résultats dans Netscape 4 et MSIE 6 par exemple.
En utilisant les standards du Web, et tout particulièrement les normes XHTML pour la structure des documents, CSS pour la présentation et DOM W3C jumelé à ECMAScript pour le DHTML, il est possible de communiquer avec tous les agents utilisateurs en ne parlant qu'un seul langage. On garantit ainsi que tous les navigateurs répondant aux normes de l'industrie pourront afficher correctement le contenu. Bien sûr, la présentation de ce contenu sera plus sobre dans les navigateurs plus anciens, mais il demeurera parfaitement accessible. Se conformer aux standards, c'est également accepter que le Web soit un médium flexible qui, contrairement à l'imprimé, s'adapte aux capacités des agents utilisateurs.
Source: OpenWeb (http://www.openweb.eu.org/articles/pourquoi_standards/)